L’article en bref
La brebis Tarasconnaise des Pyrénées est une race rustique allaitante aux origines anciennes et aux performances remarquables.
- Race reconnue : la Tarasconnaise, officialisée dans les années 1930, domine le massif pyrénéen central avec 120 000 brebis reproductrices estimées en 2005.
- Caractéristiques distinctives : le bélier affiche 80 cm au garrot et 80 kg, portant des cornes spiralées reconnaissables, tandis que la brebis pèse environ 60 kg.
- Performances maternelles exceptionnelles : prolificité de 196 % en 2012 et taux de mort-nés de seulement 1,1 %, l’un des meilleurs enregistrés.
- Production d’agneau : race allaitante produisant l’agneau des Pyrénées, indication géographique protégée depuis 2022, spécialisée dans le broutard d’estive.
- Adaptation pastorale : animaux robustes structurant la transhumance, élément clé de l’économie et l’identité pyrénéenne.
Quand on s’intéresse aux brebis des Pyrénées, on plonge dans un univers aussi riche que les paysages montagnards qui les ont façonnées. Je me souviens de ma première rencontre avec un troupeau de brebis pyrénéennes en transhumance près de Tarascon-sur-Ariège : ce défilé majestueux, la tête des bêtes dégagée, les cornes caractéristiques du bélier brillant sous le soleil ariégeois — j’étais soufflé. Ces animaux racontent une histoire longue de plusieurs siècles, ancrée dans trois départements du massif pyrénéen.
La brebis pyrénées : une race au caractère bien trempé
La brebis des Pyrénées la plus représentative est sans conteste la Tarasconnaise, race ovine rustique allaitante dont le nom est directement lié à la ville de Tarascon-sur-Ariège. Reconnue officiellement dans les années 1930, elle s’est imposée comme la grande dame du massif pyrénéen central, colonisant progressivement l’Ariège, les Hautes-Pyrénées et la Haute-Garonne.
Physiquement, elle ne passe pas inaperçue. La brebis mesure 65 cm au garrot pour environ 60 kg, tandis que le bélier affiche fièrement 80 cm et 80 kg. Ce dernier porte des cornes en spirales étirées, très reconnaissables. La brebis, elle, porte des cornes légèrement arrondies, parfois en guidon de vélo — un détail qui m’avait beaucoup amusé la première fois. La toison, blanche, laisse la tête et les parties déclives totalement dégagées.
Une origine pyrénéenne très ancienne
André Sanson, dans son ouvrage Les Moutons. Histoire Naturelle et Zootechnie publié en 1878, identifiait déjà l’ensemble ethnique qu’il nommait « race des Pyrénées ». La Tarasconnaise partage des caractères morphologiques essentiels avec d’autres races du massif : la Lourdaise, la Basco-béarnaise et la Manech. Tête forte, profil très convexe, oreilles pendantes et morphologie longiligne — ce sont les marqueurs d’une population originelle solidement ancrée dans le territoire.
Une conquête territoriale impressionnante
Le géographe Michel Chevalier écrivait en 1956 que « la poussée de la Tarasconnaise paraît incoercible ». Ce n’était pas qu’une formule. La race a progressivement effacé la Castillonaise, relégué la Montagne Noire en troupeaux conservatoires, et fait totalement disparaître l’ancienne race Lauragaise. Dans les Hautes-Pyrénées, son expansion s’est accélérée à partir de 1950, au détriment des races Aure et Campan, Lourdaise et Barégeoise.
Des chiffres qui donnent le vertige
Selon les évaluations du Bureau des ressources génétiques, 2005 recensait environ 120 000 brebis reproductrices, dont 15 000 inscrites au Livre Généalogique et 10 748 au contrôle des performances. L’Institut de l’Élevage note une progression rapide jusqu’en 2000 — 10 478 brebis contrôlées — puis un déclin, avant une remontée confirmée avec 9 158 brebis en 2012.
| Année | Brebis contrôlées | Rang national |
|---|---|---|
| 1980 | 2 721 | 19 |
| 2000 | 10 478 | 12 |
| 2008 | 8 152 | 11 |
| 2012 | 9 158 | 7 |
Productions, aptitudes et performances : ce que cette brebis vaut vraiment
La Tarasconnaise est une race allaitante avant tout. Sa principale vocation ? Produire l’agneau des Pyrénées, indication géographique protégée depuis le 7 septembre 2022. Elle contribue aussi au label rouge Sélection des bergers. Un produit caractéristique du système pastoral est le broutard, agneau qui redescend d’estive à 6 à 10 mois.
Ses performances reproductives sont remarquables. En 2012, la prolificité atteignait 196 % pour les brebis de plus de 19 mois — un score qualifié d’excellent par les organismes de sélection. Le taux de mort-nés était de seulement 1,1 % cette même année, l’un des plus faibles enregistrés pour toutes les races ovines françaises.
Des qualités maternelles hors pair
Le gain moyen quotidien des mâles simples entre 30 et 70 jours atteignait 313 g en 2009. À 30 jours, les mâles simples pesaient 15,6 kg et les femelles 14,8 kg. Ce sont des performances solides, cohérentes avec la robustesse naturelle de la race.
Les autres races de brebis pyrénéennes
Les Pyrénées-Atlantiques, elles, misent sur trois races laitières distinctes :
- Manech tête noire : entre 50 et 60 kg, laine jusqu’à 30 cm, production de 100 à 280 litres de lait par an ;
- Manech tête rousse : la plus petite (45 à 50 kg), mais aussi la meilleure laitière, avec 150 à 320 litres par an ;
- Basco-Béarnaise : environ 60 kg, belle laine blanche grossière, 200 litres de lait annuels en moyenne.
Ces races produisent moins que la Lacaune, mais leur adaptation aux estives pyrénéennes est sans comparaison. L’Ossau-Iraty, seul fromage de brebis pyrénéen bénéficiant d’une Appellation d’origine protégée, leur doit beaucoup.
La laine, un héritage qui renaît
La Manech et le Mérinos fournissent chacun entre 2 et 8 kg de laine par tonte. La Barégeoise, elle aussi, produit une laine d’exception. Cette filière a connu son apogée à la fin du XIXème siècle, portée par l’industrialisation dans des communes comme Saint-Gaudens, Pau, Oloron ou Bagnères-de-Bigorre. Elle a quasiment disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La transhumance : côté berger, c’est autre chose
Élever des brebis pyrénéennes, c’est accepter le rythme de la montagne. La transhumance structure l’année entière. La montée, en particulier, est une période tendue : traire, nourrir, surveiller les foins, préparer le matériel d’estive — tout s’enchaîne sans relâche. Les mois en altitude ont leurs joies (les paysages, le silence, le soleil de juillet) et leurs galères bien réelles (tempêtes, pannes, présence de l’ours parfois).
En 2010, lors des Pastoralies de Beille, l’ASPAP exprimait le positionnement majoritaire des éleveurs en faveur d’une exclusion de l’ours du territoire pastoral. Certains, en revanche, associent leur production à une image positive de cohabitation. Le débat reste vif. La monte se pratique principalement au printemps et à l’automne, la Tarasconnaise ayant une excellente aptitude au désaisonnement.
J’ai été frappé, lors d’une discussion avec un berger ariégeois, par sa façon de parler de ses brebis : avec la même affection tranquille qu’on réserve aux habitués de longue date. Ces animaux, robustes et fidèles, sont le socle vivant d’une économie pastorale qui mérite bien plus que l’oubli.
Sources externes :
– Institut de l’Élevage — données de contrôle de performances races ovines françaises
– Bureau des ressources génétiques — évaluations des effectifs ovins 2005